Alexandra G ~ Katonah Interprétations ~ Don’t try harder, try differently

« Don’t try harder, try differently. »

Encore une devise issue du Katonah yoga - et peut-être celle qui le résumerait le mieux, d’ailleurs. Pourquoi s’efforcer quand l’on pourrait innover ?

Parce qu’étonnamment, la première option reste la plus simple. S’aventurer sur de nouveaux territoires requiert d’être prêt à tout remettre en question, à s’ouvrir à l’inconnu, tandis qu’insister dans la même direction - quitte à ce qu’elle ne soit pas la bonne - nous semble souvent plus juste, bien qu’éreintant à la longue. Car quoi de plus fatigant que d’être soi - ou, plutôt, que de faire « soi »?

Le groupe The Sound a su chanter ce sentiment mieux que quiconque dans « I can’t escape myself ». Mais la prison que décrit Adrian Bolan saurait se transformer en immense terrain de jeu, si on lui en offrait l’occasion - simple question de perspective.
Nous avons tous appris à vivre, voire à survivre, d’une certaine façon. Est-ce pour autant celle que nous devrions continuer d’adopter ?

Que se passerait-il si, ce soir, vous décidiez de dormir de l’autre côté du lit ? Peut-être que vos rêves gagneraient en étoffe. Et que découvrir en empruntant le trottoir d’en face, sur notre trajet habituel, au lieu de marteler d’office le même ?

Allez donc jeter un œil à vos chaussures favorites : ne sont-elles pas usées, à force d’avoir été tant sollicitées ? Il est fatigant d’être soi, de faire « soi », si c’est toujours de manière similaire, mécanique.

Remarquez vos réflexes, vos automatismes, tout ce qui est de l’ordre du naturel - les schémas ancrés, répétés depuis des années. Et demandez-vous alors quelle autre paire de chaussures pourrait vous donner le même ressort, mais différemment !

Que l’on s’entende, il ne s’agit pas de les remiser au placard pour autant - nos habitudes ont du sens : construites sur une faiblesse, ou un manque, à l’origine, elles sont devenues forces avec le temps, avant d’être maîtrisées, acquises. Peut-être trop... L’idée serait simplement de faire de même avec ce qui ne nous appartient pas encore. D’enrichir notre lexique, de renflouer notre boîte à outils, d’égayer notre placard à chaussures et surtout d’élargir notre champ de vision pour voir mieux, voir loin ; pour aller là où nous n’irions pas spontanément.

Pourrions-nous prendre conscience de nos angles morts ? Nous sommes à la fois le conducteur, les passagers, le véhicule, et la route en elle-même. Or, si nous nous endormons au volant, sur un itinéraire trop familier... Un accident est vite arrivé. Peut-être qu’il ne s’agira pas de notre faute, il n’empêche que ce sera bel et bien notre problème !

Sur le tapis, idem : nous esquissons des gestes appris par cœur, des transitions évidentes, les yeux fermés, jusqu’au jour où, au mieux, l’on finir par s’ennuyer, au pire, l’on se blesse par mégarde - parce que nous nous reposions sur nos lauriers, nous comptions sur l’habitude, et la facilité qui en découle.

Regagner cette qualité d’attention, nourrie de curiosité, d’un désir d’exploration sans cesse renouvelé, participe à la longévité de notre cerveau, de nos aptitudes, à la plasticité neuronale.
Et cela commence par des gestes très simples, comme par exemple de se brosser les dents avec l’autre main ! Ou de pratiquer la planche en orientant le bout des doigts vers l’arrière au lieu de l’avant... « Use it, or lose it » : il n’existe pas qu’une seule façon de faire. Maintes ressources, maintes possibilités nous attendent, mais si nous les ignorons, elles se perdront. Et avec elles, une partie de notre potentiel, des versions de nous-mêmes qui méritaient pourtant d’être rencontrées.
Il est temps d’innover ensemble, au lieu de nous appuyer sur ce que l’on ne connaît déjà que trop bien.

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Tout ce que l’on voit, tout ce qu’on l’entend, s’inscrit dans le réel - ou du moins, dans notre articulation du réel. Mais il en va de même pour ce que l’on ne voit pas, ou n’entend pas forcément... Que choisissons-nous de percevoir, au final ? Que préférons-nous ignorer plutôt ? Car c’est bien de cela dont il s’agit : un choix - conscient, ou inconscient. •
De quoi est faite notre citadelle du haut de laquelle nous observons le monde et nous en protégeons ? Comment l’avons-nous construite, pierre après pierre, année après année, sur quel type de fondations ?
En interrogeant nos préférences, nos évidences, en partant en quête de nos absences, de ce que l’on occulte, il devient possible de déjouer les ruses confortables du mental, de court-circuiter nos habitudes, leur facilité, et ce qu’elles impriment dans le corps, à la longue. De se réinventer, intelligemment.