Alexandra G ~ Katonah Interprétations ~ Feelings change, measurements don’t.

« Feelings change, measurements don’t. »

Nevine Michaan

Je me suis longtemps interrogée sur cette phrase illustrant l’un des principes fondamentaux du Katonah yoga : une juste géométrie pour pilier, plutôt que de se fier à ce que l’on ressent puisque nous sommes, par nature, des êtres fluctuants. Compter davantage sur nos os que sur nos muscles, lorsqu’il s’agit d’alignement, aussi. Et s’ouvrir à la nouveauté, à ces mêmes fluctuations, dès lors que nous sommes bien ancrés.

Il est vrai que le changement fait loi, tantôt en bourrasque, tantôt en demi-teinte, et nous n’y pouvons rien ; nous ne sommes qu’à même d’intervenir sur notre façon de le vivre, de l’accueillir - thème en lien avec les organes clés de l’hiver, reins et vessie.
J’aimais déjà, plus jeune, l’idée d’Héraclite selon laquelle nous ne nous baignons jamais dans le même fleuve. Certes, mais il n’empêche qu’on en ressortira mouillé, quoiqu’il advienne !
Il y a les faits, et puis les ressentis. Est-ce qu’ils concordent parfois ? Peut-être. Au final, ça n’a pas tant d’importance. On s’appuie sur les premiers, pour mieux embrasser les seconds.
Aussi, notre quête pourrait-être celle-ci : quelle est la juste géométrie, quelles sont les mesures et notions d’alignement correspondant à mon corps à cet instant précis - à ma propre histoire, à mes habitudes, et à mon passé, qui se conjuguent aujourd’hui ? Tout cela comme une impression instantanée qui se développerait doucement sur pellicule, et nous raconterait une histoire vraie - sur le moment toutefois, car aussi, inévitablement, vouée à changer...

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Il y a ce mot, "boundaries", qui revient souvent dans l'enseignement de mes professeurs. La notion de limite, dans ce qu'elle a de plus beau, de plus juste, à offrir.

Car une limite ne devrait pas toujours être perçue en tant que telle : il ne s'agit pas nécessairement de frontière, mais plutôt d'un cadre, comme lorsque l'on souhaite mettre en valeur la beauté d'un tableau, le souligner.

Si les routes n'étaient pas clairement jalonnées, où irions-nous ? Sans les lignes tracées à la craie sur le terrain, comment jouer ? Libre, ne signifie pas laissé au hasard.

Les limites n'existent pas non plus dans le but d'être dépassées à tout prix : la proposition la plus intéressante consisterait simplement à pouvoir les situer, avec honnêteté, intelligence, et curiosité. Ce mur contre lequel je m'adosse : est-ce un repère, quelque chose qui me porte, de quoi laisser grimper le lierre des possibilités, ou est-ce un obstacle, quelque chose qui me retient en arrière et me bloque ?

Limites physiques et limites mentales, réelles ou subjectives, fondées ou rêvées... Il est question de géométrie juste, de mesures fiables sur lesquelles s'appuyer, pour prendre connaissance de ce que l'idée de limite revêt pour soi. Savons-nous les poser, nous les imposer, sans nous enfermer ? En tirer le meilleur parti ? Les géographies du corps et des émotions pourraient nous surprendre lorsqu'il s'agira d'en redessiner la carte...